dimanche 7 août 2016

Avertissement

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Par contre, pour faciliter la lecture, les articles de ce blog, maintenant terminé, sont classés par ordre chronologique.
Pour cela, les dates d'édition ont été modifiées, les articles plus anciens devenant les premiers à la lecture. Ce qui fait que la mention de bas de page "articles plus anciens" renvoie en fait aux articles plus récents.

Introduction générale de Jean-Marie Mengin

Hormis le GR 7 (Vosges - Pyrénées), le GR 65 (sentier de St-Jacques-de-Compostelle), le GR 46 (Touraine - Quercy), le GR 13 (Forêt de Fontainebleau - Morvan), sans oublier les GR d'Ardèche et le GR 4 (Méditerranée - Atlantique) que je parcours actuellement, j’ai randonné sur d’autres GR au sein du Massif central.

Nous habitions alors en Corrèze puis dans l’Indre.
Il s’agit des
-          GR 480 (sentier Dordogne, Cère et Maronne)
-          GR de pays du Causse corrézien
-          GR 400 (Tour du volcan cantalien)
-          GR 652 (sentier du Cantal au Gers)
-          GR de pays du Val de Creuse

Je vous propose de découvrir  ces cinq GR  que j’ai parcourus de 2002 à 2005.


GR 480

GR 480

Sentier Dordogne, Cère et Maronne

(Turenne – gare de Lamativie)

-103 km-


Le tracé du GR 480 a été modifié au moment où je le parcourais. Le tracé d’origine effectue une boucle par les tours de Merle jusqu’aux confins de la Corrèze et du Cantal. Evitant cette boucle, un nouveau tracé, coupant par Mercœur, le raccourcit considérablement.

A l’ouest du Massif central, le GR 480 parcourt les plateaux du Limousin, au sud du département de la Corrèze, d’ouest en est, depuis le pays de Brive (le bas-pays) jusqu’aux plateaux de la Xaintrie et les gorges de la Cère.

J’ai effectué ce parcours de janvier à mai 2002, en grande partie avec notre chien Oscar. J’ai préféré utiliser le tracé d’origine du GR qui était en cours de révision lors de mon passage.



Dimanche 6 janvier 2002 : Turenne – Collonges-la-Rouge.

Turenne (270 m), origine du GR 480 : on la voit de loin, cette petite ville perchée sur un éperon, au rebord du causse corrézien, avec ses deux tours qui dominent les toits gris de lauzes et d’ardoises.
Repaire gaulois puis oppidum romain, vicomté depuis le Moyen Age, ce fut un des grands fiefs de la France du XIVe siècle, rendu célèbre par le bouillant maréchal de France du même nom au XVIIe siècle.
Je commence à marcher à 11h15 avec notre chien Oscar, dans une rue bordée d’imposantes et élégantes maisons de granite des XVIe et XVIIe siècles. Contournant la base du château-fort, le GR s’éloigne vers l’est dans la campagne.
C’est l’hiver en Limousin. Un froid sec, un grand soleil et le givre sur les arbres et dans les prairies.
Oscar se roule dans les prés gelés.
Le sentier descend vers l’ancien moulin de Chanteranne, dans le vallon du ruisseau de la Tourmente qu’il franchit sur un petit pont. Puis il se poursuit vers des prés et des bois. Un chasseur me siffle. Il y a une battue dans le coin. Diable, ça commence bien ! Je rappelle le chien mais je continue mon chemin.
On traverse le hameau des Treilles et, par une petite route, on débouche sur les toits gris de Ligneyrac, de lauzes et d’ardoises comme partout en Corrèze. Viviane nous y attend à 12h30, dans notre nouveau fourgon Boxer aménagé en camping-car.
Nous mangeons ensemble, au milieu des champs, sur la colline dominant le village. La température est maintenant très agréable et le soleil toujours aussi brillant.
Je repars avec le chien à 14h, par monts et par vaux. Petites routes ou chemins agricoles au milieu des enclos des pâtures.
Après un petit col à 287 m d’altitude, on se dirige vers le bassin de Meyssac. Ici le bas pays corrézien prend des couleurs originales, car le sol est constitué de terres et de grès rouges. Par le hameau de Hautefort, on arrive à Collonges-la-Rouge. Viviane nous attend au bord de la route à 15h45.

Nous visitons ensemble le village. Parcours dans les étroites ruelles, entre maisons et tours roses coiffées de lauzes bleues. La « ville aux 25 tours » s’est développée à partir du VIIIe siècle mais prospéra au XVIe quand les notables de la vicomté de Turenne y établirent leur résidence. Son activité déclina au XIXe siècle au profit de Meyssac, voisine et concurrente.
La ville est presque déserte à cette époque, sans les meutes estivales. La circulation des voitures y est bannie. Le soleil se couche sur le bourg et le clocher roman limousin de son église, dans une chaude luminosité. Sublime !

Nous rejoignons le Boxer et nous rentrons à Argentat.

*****

Samedi 12 janvier 2002 : Collonges-la-Rouge.

Arrivés avec le camping-car à Collonges-la-Rouge, nous nous installons à 17h dans la nature, sur une portion de route désaffectée, à proximité du GR.
Nous y mangeons à la lueur du luminogaz et y passons la nuit.


Dimanche 13 janvier 2002 : Collonges-la-Rouge – Curemonte.

A 10h, je traverse Collonges avec Oscar et je m’éloigne vers le sud dans la campagne, en un milieu ouvert de collines et de puys (buttes) émergeant de la brume.
Traversée de hameaux aux belles propriétés en granite. En toile de fond, la silhouette du château de Turenne.
Le temps est incertain : nuages et soleil voilé. Au loin, ça canarde dans les bois. Un chasseur et son fils arpentent les prés avec leur chien. Oscar veut jouer, moi pas.
On arrive à Saillac. Une petite pluie fine se met à tomber alors que nous quittons le village. Bien sûr, j’ai oublié ma veste de pluie dans le fourgon ! Encore des chasseurs sous la pluie. On traverse des plantations en alternance avec des pâtures. Beaucoup de noyers. Dans les enclos paissent les belles vaches de race limousine à la robe fauve. Vu la douceur du climat, elles passent une grande partie de l’hiver à l’extérieur. De belles éclaircies et quelques rayons de soleil apparaissent.
On longe un moment la limite départementale du Lot. A la Combe Rigal, on croise un groupe de cavaliers. On arrive au petit village de Chauffour-sur-Vell. Oscar ne résiste pas au plaisir d’un bain dans un ruisseau.
Le GR contourne la propriété du château du Mazeau puis pénètre à l’est dans un bois de châtaigniers, arbres-rois du Massif central. Alternance de bois et de champs (châtaigniers, chênes truffiers), apparition de quelques vignes… On arrive à la croix de Serres où Viviane nous rejoint à 13h. Nous sommes à l’entrée de Branceilles. Ici est produit le vin des « Mille et une Pierres ».
Les vignerons-propriétaires sont les seuls producteurs de vin de Corrèze. Les vins de Branceilles, concurrencés par les vins du midi et du Bordelais, étaient tombés dans l’oubli à la fin du XIXe siècle. Il fallut attendre près d’un siècle pour que de jeunes agriculteurs replantent et exploitent la vigne, formant une coopérative et créant leur marque.
Avec Viviane on s’installe donc à quelques centaines de mètres de là pour manger dans le camping-car, à côté d’une vigne.

Je repars à 15h. Oscar aimerait bien venir avec moi. Il a l’air incrédule de me voir partir seul.
Je traverse le village de Branceilles, chemine au milieu des vignes, des bois, des pâtures, des garennes de genévriers. C’est ici le Belloçois, ou pays de Beaulieu.
Par une petite route, je gagne une table d’orientation sur une colline à 245 m dominant Curemonte. Dans le lointain, le causse de Martel et le Périgord Noir… Vue splendide sur Curemonte, village perché sur un éperon, place-forte de trois châteaux des XVe et XVIe siècles, décrite par Colette dans son « Journal à rebours », qui séjourna dans ces murs pendant les années de guerre.
Il est 16h. Je descends dans le village jusque sur la place du château. Sous la halle du XIXe siècle, une exposition retrace le séjour de Colette. 

Il me faudra patienter jusqu'à 18h30 avant de retrouver Viviane à la nuit : erreur de coordination, téléphones portables en panne, etc.

*****

Dimanche 3 février 2002 : Curemonte – La Borderie.

  
Curemonte

Je quitte Viviane à 10h.
Avec Oscar je traverse Curemonte, ce village au riche passé avec ses maisons nobles à tourelles. Les anciennes façades des boutiques sont décorées comme au temps de Colette.
Le GR descend des remparts côté est jusque vers la vallée de la Sourdoire (136 m). Le temps est couvert. Par une petite route de campagne, on longe la vallée, on oblique et on monte vers un plateau. De collines en collines, alternance de routes et de chemins, plutôt boueux, où Oscar se délecte.
Sur la crête, au Puy Lachaud (308 m), le vent se lève. Au hameau Doumazac, au débouché d’une forêt de châtaigniers, un étang de pêche… Pas possible de retenir Oscar qui va se nettoyer de ses bains de boue précédents. Le GR nous mène aux maisons éparses de Cantemerle et on débouche sur une crête à l’entrée de Sionac, dominant la vallée de la Dordogne.
On retrouve Viviane à 12h30, près d’un pylône des télécommunications. Le vent souffle. On mange dans le Boxer.

A 14h30, je repars avec Oscar. Le sentier sous bois descend dans la vallée, entre à Beaulieu-sur-Dordogne. Cette ville mérite son nom : cité du bord de l’eau aux rues pittoresques, avec une abbatiale qui est la plus belle église romane du bas Limousin.
Ici la Dordogne rompt définitivement avec sa haute vallée torrentueuse pour s’épanouir dans l’opulent bassin de Beaulieu, dernière escale corrézienne.
Je me dirige vers la rivière. Au bord de l’eau, la rustique chapelle des Pénitents se reflète dans la Dordogne. Une passerelle piétonne la traverse, au-dessus d’un seuil vrombissant qui intimide Oscar. De l’autre côté, on passe au milieu d’un village de vacances, déserté à cette époque. Dans le parc, des joueurs de pétanque et des promeneurs du dimanche…
Le GR 480 entreprend maintenant de monter vers les plateaux de la Xaintrie, vert pays méconnu qui s’étend entre les gorges de la Dordogne et celles de la Cère, véritable trait d’union entre le Limousin, l’Auvergne et la région Midi-Pyrénées : terre au profil tourmenté, entaillée par des vallées profondes et sauvages.
Il fait sombre. Le GR traverse une succession de hameaux tout en prenant de l’altitude. Le balisage du sentier semble abandonné. Belle vue sur Beaulieu, aux Embruns. On traverse La Veyssière et on gagne La Borderie, un hameau agricole au milieu des prairies. Peu de vie. Encore un kilomètre sur une petite route et on arrive à 17h15 à un croisement (497 m) en pleine campagne, où nous attend Viviane.

*****

Samedi 9 février 2002 : La Borderie – la Broquerie.

Ce matin, le petit croisement est en plein brouillard.
Je m’éloigne dans l’humidité ambiante avec Oscar sur des chemins de campagne. Dans les haies, les chatons retombants des noisetiers se balancent nonchalamment.
On entre en forêt. On atteint le ruisseau d’Orgues, Oscar se jette à l’eau. On passe devant les ruines du moulin de Jassoux ; on arrive au moulin de Nicolas, rénové, dans un beau cadre sauvage. Des ajoncs d’Europe esquissent quelques fleurs jaunes. On monte vers les maisons en granite du hameau d’Argueyrolles. Sur route, on poursuit dans les prairies. A la Lèbre, Oscar rencontre deux labradors joueurs. Petite pause. Plus loin, à hauteur d’un réservoir, nous traversons une route.

Ici le GR 480 est en cours de révision par le comité départemental de la Randonnée Pédestre. Le parcours inscrit sur les cartes au 25000ème n’est plus considéré comme étant le GR qui, lui, se dirige vers Mercœur. Néanmoins, comme Viviane m’attend en fonction du tracé, je vais suivre le parcours d’origine.
On continue sur un large chemin. Longeant des champs, Oscar juge nécessaire d’aller se rouler dans les fumures récemment épandues. Répugnant !
Le parcours atteint 551 m d’altitude. A Combalier, on retrouve Viviane. On va retourner manger dans le fourgon sur le chemin d’où nous provenons, derrière un bosquet.
L’après-midi, ciel plombé. Je repars seul.
Me voyant la carte à la main, un agriculteur m’interpelle, arrête son tracteur. « Vous n’êtes pas du coin ? – Ben non, je suis le nouveau patron des facteurs du secteur !» etc. On discute vingt minutes.
Peu avant Billoux, je bifurque dans les champs. D’anciennes marques non effacées subsistent encore. Je traverse La Chapelle-St-Géraud. L’église au chevet roman est ornée de remarquables modillons. A travers les prairies closes de barbelés que nettoient les moutons de race limousine, j’arrive au puy des Gouttes (une simple croix). Sur petite route bitumée, je poursuis vers le hameau de Dalmazane, en rebord du plateau.
Puis c’est la descente vers la vallée. A Gramont, hameau perché en éperon, je reçois un coup de fil sur le téléphone portable. Viviane s’inquiète. J’arrive ! Franchissant le pont sur la Maronne, je la retrouve au lieu-dit la Broquerie, en aval du barrage de Hautefage.

Nous ne sommes qu’à 7 km d’Argentat. Nous rentrons passer la soirée et la nuit chez nous.

Dimanche 10 février 2002 : La Broquerie – le Vert.

La Maronne partage ce terroir en deux, Xaintrie noire au sud, Xaintrie blanche au nord. Allusion à leurs climats ou encore à leurs couverts de châtaigniers et de bouleaux ?
De retour à 10h15 à la Broquerie, je grimpe avec Oscar vers le nord sur une petite route qui arpente le versant opposé. On passe au Pradel, un hameau lové dans un virage de la route. Arrivé sur le plateau au milieu des prairies, le sentier contourne Garrel. Longeant un étang, il entre en forêt. Charmes, chênes, châtaigniers et noisetiers… L’itinéraire longe des champs enclos et retournés, atteint 538 m. A nouveau, c’est la forêt : un large chemin, des chasseurs qui rôdent en voiture, et on arrive à la Veyrie, une belle propriété sur la D75. Un peu plus loin, sur le bord de la route, j’aperçois le Boxer.

Nous recherchons un endroit pour manger. Nous nous installons un peu plus loin dans un renfoncement, au bord de la route. Viviane me ramène ensuite sur le GR.

Je repars seul.
L’ancien GR 480 va suivre maintenant vers l’est une petite route mal entretenue pendant quatre kilomètres, où m’a précédé Viviane. D’abord sous couvert, à flanc de versant, il débouche dans la grisaille sur une succession de hameaux isolés.
Je retrouve Viviane à l’entrée de Le Vert (commune de St-Geniez-ô-Merle). Derrière les rideaux d’une ferme, on nous observe…

*****

Samedi 18 mai 2002 : Le Vert – les tours de Merle.

C’est le week-end de Pentecôte.
Arrivé en voiture à Le Vert, je traverse le hameau avec Oscar vers 16h30. Après 500 mètres de route, le chemin bifurque dans des bois et des prairies. Vu l’absence de balisage, je m’égare et tourne en rond sur les flancs d’une butte boisée, le puy Bouvaud. Une bonne heure de perdue…
Je retrouve le parcours, maintenant balisé en GRP. J’atteins le moulin de Lacombe, sympathique lieu-dit niché entre deux collines, village de bungalows au cœur d’une petite vallée sillonnée par un ruisseau, la Glane, au milieu des prés en fleurs.
Le chemin remonte ensuite à Lacombe. Après ce hameau, il s’éloigne entre les clôtures, vers le sud. Les vaches limousines accourent, intriguées par Oscar. Les fougères nouvelles poussent sur les taillis fanés de l’année précédente. Le chemin, balisé en PR, descend alors sous le couvert en lacets. Hêtres et châtaigniers ont retrouvé leur feuillage, d’un vert tendre. On atteint au bord de la Maronne le minuscule hameau de Laval, coincé en bout de route entre la rivière et la colline. Une ancienne pancarte indique encore le GR 480.
On va suivre un sentier à flanc, parallèle à la Maronne et qui la domine. On arrive à hauteur d’un barrage. La vallée est verte et fraîche. Face à l’usine hydroélectrique, on franchit un ruisseau à gué ; puis par une passerelle piétonne en dos d’âne on traverse la Maronne. Sur la rive gauche de la rivière tourmentée, le sentier, accidenté, chemine au bord de l’eau. Oscar plonge et replonge inlassablement dans la rivière qui s’enfonce dans un vallon étroit. La Maronne, capricieuse ou somnolente, est creusée par moments de « gours » impressionnants. Bientôt se dessinent à contre-jour sur l’autre rive les premières tours des forteresses de Merle.


Une ancienne passerelle, qu’était censé utiliser le GR pour les rejoindre, est détruite. Nous continuons donc à longer la rivière, l’accompagnant dans son méandre jusqu’à une terrasse d’accueil pour les touristes d’été, désertée à cette époque. En face, les tours de Merle sont imposantes et mystérieuses, émergeant de la forêt dans le soleil couchant.
Oscar et moi rejoignons la route pour atteindre en 1 km le parking d’entrée actuel du site, sur la rive droite. Il est 19h45. Viviane nous y attend.

Nous retournons chercher la première voiture au point de départ. Nous rentrons passer la soirée à  Argentat.

Dimanche 19 mai 2002 : Les tours de Merle – St-Julien-le-Pèlerin.

Retour pour 11h en camping-car sur le site avec Viviane.

Oscar s’étonne : je ne l’emmène pas.
Je descends vers l’entrée du site. Extraordinaire place-forte de châteaux forts postés côte à côte sur un éperon rocheux surplombant un méandre de la Maronne, les ruines des tours de Merle, impressionnantes et altières, émergent de la forêt dans une atmosphère irréelle.
Au XIVe siècle, la citadelle se composait de sept châteaux groupés en trois ensembles qui surmontaient un village de 25 maisons. Les lieux comptèrent jusqu’à 2000 soldats et paysans. L’avènement de l’artillerie qui permettait d’attaquer la place depuis les hauteurs environnantes, sonna le glas de ce type de camp retranché.
Ceinturé d’une enceinte médiévale en bois, l’écosite reconstitué est fermé ce matin. Pour l’avoir déjà visité, je ne m’attarde pas.  


Je remonte vers la route qui domine les gorges de la Maronne. J’atteins le plateau, non sans avoir accompli un large détour sur la route avant de retrouver mon chemin. Le parcours gagne le Vieux Bourg, où subsistent les ruines d’une église. Une petite route serpente entre prés et pâtures, traverse quelques hameaux. Le soleil est agréable. Après Sermus, un chemin s’engage au milieu des prés où fleurissent véroniques, marguerites, trèfles, renoncules… Il gagne le rebord du plateau ; à partir de là, il redescend par un sentier en lacets vers la Maronne sous les châtaigniers, les chênes, les hêtres ou les charmes.

La rivière tumultueuse se fraie un passage dans un vallon sauvage et boisé. Le sentier mène jusqu’au bord de l’eau. On voit qu’il continue sur l’autre rive. Seulement voilà, il faut passer ! Après avoir cherché pendant vingt minutes s’il n’existe pas un gué plus facile, je me décide à traverser.
Le courant est puissant ; je préfère garder pantalon et chaussures pour éviter de glisser. Au milieu de la rivière, l’eau monte jusqu’à mi-cuisse. Je reprends pied sur la rive gauche, à la confluence avec le ruisseau de la Bedaine, à la limite du Cantal. Je suis trempé, mes pieds flottent dans les chaussures.
Je m’éloigne de la rivière, je longe un moment les bords du ruisseau. Puis le sentier s’élève brusquement en lacets, remonte sur un plateau, et de bosquets en prairies gagne Courqueux, un hameau de la Xaintrie noire aux ruelles étroites où je retrouve Viviane.
Nous mangeons dans le Boxer aux abords d’un cimetière.
L’après-midi, je repars, cette fois avec Oscar, les pieds au sec après avoir changé de chaussettes ! Nous contournons Goulles et poursuivons sur route, à travers la campagne, pendant plusieurs kilomètres. Le sentier s’oriente globalement à l’ouest. On arrive à l’entrée de St-Julien-le-Pèlerin où l’on retrouve Viviane.

Nous rentrons pour la soirée à Argentat.

Lundi 20 mai 2002 : St-Julien-le-Pèlerin – gare de Lamativie.

La journée s’annonce chaude.
A 10h, je m’éloigne avec Oscar de St-Julien-le-Pèlerin, toujours sur route, entre bois et prairies fleuries. Le chien aboie contre une machine agricole qu’il juge incongrue. On atteint l’altitude de 622 m, à la jonction de la D13 et de la RN120. C’est le point le plus élevé du parcours.
Après la traversée de la route nationale Tulle – Aurillac, l’ancien GR 480 s’engage dans des landes de genêts en fleurs. Les flaques au milieu du chemin sont une aubaine pour Oscar. On arrive à St-Mathurin-Léobazel. On traverse ce vieux village aux toits de lauzes et on continue. A nouveau de la route.
Oscar pressent un ruisseau. Inaccessible ! Je lui fais signe de continuer un peu plus bas jusqu’au pont, et il comprend ! Il court et se jette dans le ruisseau.
Plus loin, on passe entre les quelques maisons de Mazeyrat. On rejoint une route départementale au sud de Riouzal (sur la commune de Sexcles). 600 mètres plus loin, on aperçoit le Boxer. Oscar se précipite sur Viviane qui dort sur une chaise de camping.
Il est midi. On va s’installer sur place, dans une petite clairière en retrait de la route : table de camping à l’ombre de l’auvent. Nous y passons une agréable après-midi jusqu’à 15h45.

De là, je repars seul pour terminer mon parcours. De l’autre côté de la D41 toute proche, je m’engage sur une piste qui entre bientôt en forêt.
A un croisement de chemins, je retrouve le GR 480 venant du nord-ouest dans sa nouvelle version en provenance de Mercœur. Le nouvel itinéraire est beaucoup plus court que celui que je viens d’emprunter, évitant toute la boucle vers les tours de Merle.
Le balisage blanc et rouge est à nouveau mon fil conducteur. Direction sud-est maintenant. Piste forestière aérée.
Je débouche aux abords de Camps, près d’une zone de loisirs autour d’un petit lac. Le GR 480 traverse le village, s’éloigne vers l’est par une piste forestière qui rejoint le rebord du plateau.
Sur les flancs des gorges de la Cère, il descend parmi les châtaigniers, contourne une grande prairie pentue, les Prés Neufs. C’est alors par un sentier en lacets sous les feuillages épais que le GR dévale dans les gorges sauvages de la Cère. J’atteins un pont étroit sur la Cère à 18h.
Jonction avec le GR 652 qui parcourt les gorges en provenance de Laroquebrou, dans le Cantal. De l’autre côté de la rivière, c’est le département du Lot et la gare de Lamativie.
Ici se termine le GR 480.
Viviane qui m’attendait un peu plus haut me rejoint dix minutes plus tard à la jonction des deux GR.



Fin du GR 480, sentier Dordogne, Cère et Maronne.




GRP du Causse corrézien

GR de pays

du Causse corrézien


(au départ de Turenne)

-53 km-


Le GR de pays du Causse corrézien effectue une boucle de 53 km sur un petit plateau calcaire situé en Limousin, au sud du département de la Corrèze, aux confins du Périgord et du Quercy.
Il utilise en partie le tracé du GR 46 de Turenne à Lissac-sur-Couze.

J’ai parcouru ce GRP avec Oscar en été 2002, en quatre étapes, du 14 juillet au 1er septembre.



Dimanche 14 juillet 2002 : Turenne – pont de Coudert.

Turenne, petite ville perchée sur un éperon au rebord du Causse corrézien, domine la région.
Le GR de pays du Causse corrézien débute, de concert avec le GR 46 et le GR 480, au centre de la localité, dans une rue bordée d’élégantes maisons de granite aux toits gris de lauzes et d’ardoises.
Il grimpe vers l’ancien château des vicomtes de Turenne. Il en subsiste deux tours et les remparts, d’où se révèle un panorama qui va des monts du Cantal à la vallée de la Dordogne.
Je marche avec Oscar à partir de 10h30 en un parcours commun avec le GR 46, suivant donc le balisage blanc et rouge des GR.
Le sentier descend de la butte vers la vallée de la Tourmente. On aperçoit en face les falaises calcaires du causse. Le sentier en castine (calcaire utilisé en fonderie) suit le cours de la rivière jusqu’à un manoir en bordure d’un étang. Il se dirige à l’ouest et monte à flanc sur le rebord du causse. Le long d’un muret de pierres calcaires, on gagne Jugeals-Nazareth.
Après le village, le sentier s’éloigne dans la rocaille. 
Un des terroirs les plus originaux du bas-pays, aux confins du Périgord et du Quercy, le Causse corrézien présente toutes les originalités géologiques des grands causses : chênes rabougris, étendues de rocaille, champs de dolines, vallées sèches et gouffres.
Le chemin forestier se poursuit tout droit, atteint une route goudronnée que le GR de pays va suivre en direction du gouffre de la Fage. Curiosité naturelle de Corrèze, les abîmes de la Fage peuvent se visiter. Le GRP, lui, oblique avant l’entrée et se poursuit sous forêt, passe devant une vaste bâtisse rénovée, « les écuries du Roy », et descend au village de la Fage.
Il nous reste à monter sur une hauteur par un sentier herbeux qui se perd dans des broussailles où je m’écorche. On redescend vers l’autoroute A20 par une petite route. C’est là, d’un bosquet de pins dans le virage, que je les entends pour la première fois… les cigales !
On arrive à l’autoroute que l’on franchit vers le pont de Coudert. Là nous attend Viviane à 13h10.

*****

Jeudi 15 août 2002 : Pont de Coudert – moulin de Fournet.

Jour férié.
A 10h, je reprends avec Oscar le parcours du GR 46 commun avec le GRP, longeant la voie ferrée.
On passe devant un ancien four à chaux puis on entre en forêt.
Brusquement, au franchissement du  ruisseau de la Couze, le tintamarre des cigales…
On atteint les pertes de la Couze : phénomène karstique, le ruisseau s’enfonce en un parcours souterrain pour ressurgir plus loin au gouffre du Blagour. C’est ainsi que la vallée de la Couze est devenue « sèche » en amont de ce gouffre.
Passant sous la voie ferrée, on arrive en fond de vallée : boisement frais, sombre et dense, lierres, mousses, fougères scolopendres. Bientôt surgissent les imposantes falaises de la Côte Pelée. Le site est protégé par un arrêté de protection de biotope. Près de 140 ha de pelouses calcaires, de prairies de fauche, de falaises et de bois sont à l’abri de tout grand bouleversement : carrières, décharges, écobuage, défrichement.
On traverse la vallée dans une prairie. Contraste climatique et écologique : chicorée sur le sentier, prunelliers, mais aussi origan et thym, chênes pubescents, prairies sèches et caillouteuses… Le chemin atteint le gouffre du Blagour où ressurgit à l’air libre la Couze.
On débouche au Soulier, un hameau de Chasteaux, à l’extrémité du lac du Causse, le plus vaste plan d’eau artificiel de Corrèze. On longe le lac par sa rive nord en direction de Lissac-sur-Couze : importantes infrastructures touristiques. Au centre du village, on abandonne le GR 46 pour suivre maintenant le propre balisage jaune et rouge du GRP. 

Oscar et moi descendons vers la base de loisirs qui commence à se peupler. Inévitables toboggans bleus !
La promenade le long de la rive est assez agréable. Avis partagé par Oscar qui plonge avec délice dans le lac. Le sentier bifurque, côtoie un camping et monte vers le plateau.
Après deux kilomètres de côte, le GRP atteint les monts du causse et serpente au milieu de pelouses sèches où tous les clichés du paysage limousin disparaissent. La lumière devient méridionale, et surtout le soleil cogne. On atteint 305 m d’altitude au puy de Fournet.
Alors on descend vers le hameau de Fournet où on retrouve Viviane à 13h10. Vite, de l’eau fraîche pour Oscar ! On monte dans le fourgon avec lequel on emprunte une petite route goudronnée, suivant toujours le balisage du GRP. On retrouve la vallée de la Couze, au débouché ouest du lac, à hauteur du moulin de Fournet.

 On retourne à Chasteaux. On va passer l’après-midi à l’ombre au bord de la Couze, à l’extrémité du lac.

*****

Dimanche 18 août 2002 : Moulin de Fournet – La Coste.

A 10h30,  au moulin de Fournet,  derrière une usine de granit,  j'emprunte avec Oscar un sentier calcaire qui  monte en  escalier. La fougère scolopendre peuple le bord du chemin.
On traverse le hameau de la Roche. Au bout de la côte, on chemine à nouveau sur le plateau, croisant à deux reprises une route départementale.
A 264 m d’altitude, on arrive à un dolmen sur des pelouses arides baignées de soleil. Oscar se protège un instant de la chaleur à l’ombre du dolmen.



Maintenant, le GR va se poursuivre cap à l’est au milieu des pelouses sèches et des boisements de type méditerranéen : cornouillers, genévriers, érables de Montpellier, chênes pubescents ou chênes verts tortueux, parfois truffiers… Ambiance ponctuée de temps à autre par les stridulations des cigales. Je garde Oscar en laisse : je me méfie des vipères.



On arrive au château de Couzage, belle propriété en bordure d’une petite route. Là je partage avec Oscar les dernières gorgées d’eau de la gourde. Sur ces étendues calcaires où l’eau s’infiltre dans le sol, il n’y a pas de cours d’eau de surface.
On continue en forêt vers les crêtes pour atteindre des palombières : tours de guet, postes de tir placés là sur le passage des migrations de pigeons ramiers, occupés pendant tout le mois d’octobre. La piste se poursuit pendant quelques kilomètres, bordée de murets de pierres. Oscar souffre de la soif, commence à gémir, refuse d’avancer. Il me suit pourtant.
On arrive à Chartrier-Ferrière. Je m’approche d’une propriété ; je demande de l’eau pour Oscar. Il lape deux gamelles coup sur coup. A moi, on ne me demande pas si j’ai soif…
Entre prés et bosquets, on rejoint le hameau La Coste, à l’entrée duquel Viviane nous attend. Auvent et table sont installés devant notre fourgon Boxer, en bordure de chemin, à proximité d’une fontaine d’irrigation. Une aubaine pour Oscar qui plonge dans cette piscine sans chercher à savoir comment il en sortira !
Il est 13h30. Nous allons manger sur place et y passer l’après-midi.

*****

Dimanche 1er septembre 2002 : La Coste – Turenne.

De retour à La Coste pour 11h30, je quitte le hameau avec Oscar par un sentier qui passe sous la voie de chemin de fer.
On se dirige à travers la campagne vers Favars. On poursuit sur des petites routes ; on traverse une dépar-tementale. Le sentier monte, rejoint un muret, traverse un pré, atteint des zones d’habitation et des routes goudronnées. Il se rapproche de l’autoroute A20 qu’il franchit sous un tunnel dans des zones défrichées.
La piste se poursuit dans la végétation rabougrie. Les cigales ont fini de « chanter ».
Nous débouchons dans le village de Fougères vers 13h. J’appelle avec le portable Viviane qui nous attend à 1km hors GR au bord d’une route, à l’ouest du hameau.
Nous mangeons ensemble sous l’auvent du Boxer parmi le bourdonnement des insectes et le vol des papillons (vanesses des chardons et argus).

Oscar et moi repartons à 14h. Nous rejoignons le village et nous éloignons vers l’est sur une piste qui monte insensiblement vers les crêtes. On gagne à nouveau une zone de palombières, disséminées dans la forêt. On atteint 364 m, altitude maximum du GR de pays.
Nous côtoyons les quelques maisons de Crumière. Nous nous dirigeons peu à peu vers l’extrémité du causse : panorama sur le château de Turenne et jonction avec le GR 46.
En 500 mètres le long de la route, on arrive à Turenne où l’on retrouve Viviane à 15h30. Ici se termine la boucle du GR de pays du Causse corrézien.


Fin du GRP du Causse corrézien.


GR 400

GR 400

Tour du volcan cantalien

(au départ de Murat)


-133 km-


Le GR 400 a été réalisé par le comité départemental de la Randonnée Pédestre du Cantal. Ensemble de cinq boucles indépendantes mais reliées entre elles, le GR peut être parcouru dans sa totalité en un tour extérieur complet de 133 km.

Au cœur du Massif central, et situé dans le parc naturel régional des Volcans d’Auvergne, le GR 400 effectue le tour du massif cantalien, le plus vaste volcan d’Europe. Des crêtes de la zone centrale, il descend tour à tour dans les vallées qui rayonnent autour du massif et l’enserrent en étoile. 

J’ai parcouru le GR 400 dans sa totalité, en huit journées, d’octobre 2002 à juin 2003, au départ de Murat.


Samedi 19 octobre 2002 : Murat – col de Font de Cère.

Je débute le GR 400 au départ de Murat (Cantal), dans le parc naturel régional des Volcans d’Auvergne.
Murat est un bourg pittoresque situé dans la vallée de l’Alagnon, au flanc nord-est du volcan.
C’est une belle journée ensoleillée. En fin de matinée, accompagné de notre chien Oscar, je commence ma randonnée sur les hauteurs de la ville. Le rocher de Bonnevie domine le paysage. On passe à côté du château de Massebeau. 
Franchissant le ruisseau du Bournandel, le GR s’engage en une sente sinueuse dans les prés, monte à la ferme de Chazelles. Par le chemin d’accès à la ferme, il atteint une route départementale à 1105 mètres d’altitude.
C’est ici que je pensais retrouver Viviane. En fait elle nous attend à un autre endroit. Par téléphone portable interposé, nous finissons par nous retrouver. 

Nous allons manger, dans notre fourgon Boxer aménagé en camping-car, un peu plus loin sur les prairies. Viviane me ramène plus tard sur le GR.

Je continue seul.
Le sentier grimpe dans des pâturages, atteint les abreuvoirs de la Font Redonde et descend sur le hameau de Cheyrouze. Il monte à flanc en forêt, puis il grimpe fortement pour atteindre le plateau, à hauteur des burons de Peyre-Gary (1422 m). Un chasseur est posté dans la lande au bord du chemin.
Situés entre 1100 et 1400 m d'altitude, les burons représentent les vestiges d'une vie pastorale aujourd'hui disparue : celle des hommes qui vivaient au milieu des troupeaux durant les cinq mois de l'estive. Le buron était leur seul habitat durant tout l'été. On y fabriquait le fromage.
Sortant à peine du sol, un toit couvert de grosses lauzes rappelle que les burons existent encore. Aujourd'hui tous sont abandonnés ou presque, et leur dégradation est déjà bien avancée. Mais ils sont un des piliers de l'histoire rurale cantalienne. Ce sont, avec les puys, les points de repère du randonneur sur le massif.
Le GR chemine alors sur la lande et les chaumes, peu visible, passe à flanc du puy de Seycheuse, contourne des burons ruinés et franchit un ruisseau. Dans ces vastes étendues, je ne suis pas bien sûr de mon chemin. Atteignant la crête, je rencontre de la neige, une couche fine dans laquelle je vais grimper en ligne droite vers deux mamelons rocheux. La neige complique la progression. Je contourne ces rochers et j’atteins le Bec-de-l’Aigle (1700 m). Paysage sauvage. Vue sur le puy Griou et la vallée de l’Alagnon.
Je poursuis vers l’ouest sur la crête, passe au sud du Téton-de-Vénus et commence à descendre sur le flanc sud du puy Bataillouse. Le soleil inonde encore la crête et la neige a disparu. Des troupeaux de belles vaches salers sont encore en estive. La race de Salers, à la belle couleur fauve et au poil frisé, est très ancienne sur le Massif central. Préservée, résistante et rustique, c’est une race de transhumance adaptée à l’élevage extensif.
Sous le col de Rombière, une trace me mène au buron de la Montagne-des-Costes, bâtiment réhabilité. Avec les jumelles, j’aperçois Viviane et Oscar en bas dans la vallée. J’entre en contact avec eux par le portable. La trace, devenue sentier, descend en forêt. Je rejoins une piste forestière qui contourne le vallon du Font d’Alagnon, ensemble de chalets aux abords de Super-Lioran, la première station de ski d’Auvergne. Jonction avec le GR 4 Méditerranée - Atlantique.

Je rencontre Viviane et Oscar. Arrivés au Boxer, nous cherchons un endroit pour passer la nuit dans le fond de la vallée. Rien de bien plat. Nous empruntons alors avec le fourgon une petite route que suit à peu près le GR, la « route impériale », jusqu’au col de Font de Cère (1289 m). 
Nous nous installons sur une plate-forme en face du restaurant du col (fermé). Derrière nous, un village de chalets, aujourd’hui désert. La température a sérieusement chuté. J’ai des frissons. Nous nous calfeutrons dans le fourgon pour manger, passer la soirée et dormir.

Dimanche 20 octobre 2002 : Col de Font de Cère – col de Serre.

Au matin, nous sommes réveillés par des chasseurs qui se rassemblent au col. Tous les éléments d’une journée magnifique sont présents : le givre, la forêt aux couleurs d’automne, le soleil…

A 10h, je commence à grimper dans la forêt ensoleillée. Et dire que j’ai oublié mes jumelles !
Plus haut la végétation arbustive s’arrête ; j’atteins la limite des pâturages et je rejoins une clôture sur la ligne de crête entre la vallée de la Cère et la vallée de la Jordanne, au col de Combenègre (1530 m). Une sente peu marquée et humide conduit au col de Rombière, en contrebas du puy Bataillouse. Je continue sur le flanc ouest du puy jusqu’au col de Cabre. Tout autour, des troupeaux de salers.
Le Cantal possède un territoire d'estive de plus de 60 000 ha. Ces hauts pâturages de montagne sont une réalité économique très importante pour l'agriculture cantalienne.
Depuis le col de Cabre, le GR 400 passe à flanc du Peyre Arse et rejoint la crête centrale.
Les crêtes de la zone centrale ne sont que les ruines d'un imposant stratovolcan dont les manifestations furent exceptionnellement violentes il y a 13 millions d'années. Les éruptions, les effondrements, les périodes de repos se seraient succédés jusque vers - 2 millions d'années. Les coulées les plus récentes constituent les basaltes des plateaux qui forment les différentes planèzes. Les grandes vallées radiales furent remodelées par les glaces il y a quelque 10 000 ans, l'érosion façonnant les traits de la géomorphologie actuelle.

Vue d’ensemble impressionnante. Je retrouve la neige par plaques. Le vent souffle sur la crête. Des randonneurs sont encore assez nombreux (à pied, à raquette ou à ski). Je progresse vers un sommet à 1677 m, et je me dirige vers la brèche de Rolland. Accumulation de roches volcaniques fragmentées, sur des coulées de trachyandésite, la brèche de Rolland est une cassure dans la crête. Le passage est délicat. Les mains ne sont pas de trop pour la franchir. Quelques pitons dans la roche sont bien utiles pour prendre appui et remonter la paroi d’en face.
Je gravis alors le puy Mary. C’est un dôme formé par accumulation de lave visqueuse au-dessus de la cheminée d’alimentation. Le dénivelé est important. Je grimpe difficilement dans la rocaille sur un flanc sud extrêmement raide. Pendant l’effort, j’aperçois en contrebas Viviane et Oscar qui descendent sur la route du col vers les burons d’Eylac. J’atteins le sommet (1783 m). Je fais une brève pause à la table d’orientation. Là, surprise, c’est plein de monde ! En effet, l’autre versant (le flanc nord) est beaucoup plus accessible aux piétons. C’est même un sentier bétonné qui descend jusqu’au pas de Peyrol, un col à 1588 m, intersection de trois routes, point nœudal de l’éclatement des vallées : au nord, elles débutent brutalement en cirque pour aller en s’évasant, berceaux réguliers creusés et peaufinés par les glaciers.
Bétonné, ça ne veut pas dire que ça ne glisse pas (glace et verglas) ! En bas, les touristes affluent à la terrasse du café-restaurant, profitant d’une belle journée d’automne. Je descends en contrebas (par la boucle de la vallée du Claux), empruntant une voie romaine incertaine et marécageuse dans les pâtures et les rochers, en deçà ou au-delà de la route. Les zones non exposées sont encore gelées.

J’arrive aux burons d’Eylac, une buvette en bord de route. Viviane n’est plus là. Je commence à fatiguer. J’entre dans une prairie puis je longe une crête herbeuse et boisée jusqu’au col de Serre où j’arrive à 14h, affamé. Viviane et Oscar viennent à peine d’arriver. Partis à ma rencontre, ils ont rebroussé chemin quelques minutes avant de me rencontrer. Nous mangeons sur place dans le camping-car. Nous en repartirons à 16h30, après avoir fait une petite sieste.

*****

Lundi 4 novembre 2002 : Col de Serre.

De retour de congés, nous arrivons à 18h30, de nuit, au col de Serre.
Brouillard épais. Brève sortie avec le chien.
Nous mangeons dans le Boxer et y passons la nuit.

Mardi 5 novembre 2002 : Col de Serre – Le Falgoux.

Au réveil, des nuages bas gomment le paysage. Des vagues de brouillard, disparaissant aussi soudainement qu’elles sont apparues, noient la baraque fermée de la buvette.
Je me mets en route à 9h quand le soleil prend le pas sur la brume. Viviane et Oscar m’ont suivi de loin. Je les perds de vue et je monte par un chemin caillouteux. Le GR 400 se sépare du GR 4 et plonge dans un bois vers la vallée du Claux.
Sans entrer au village du Claux, le sentier chemine entre fermes et hameaux, traverse perpendiculairement la vallée ensoleillée. A Lapeyre, je dois me pousser dans un recoin d’un chemin encaissé pour laisser passer un troupeau. Je monte ensuite dans des prairies, pénètre dans le bois de la Bragouse. Je traverse des clairières, contourne une zone marécageuse et grimpe vers les crêtes. J’atteins la limite supérieure de la forêt, gagne les ruines de Ricou-la-Mouche. Encore un petit effort, pour arriver au col situé sous le suc Gros, à 1509 m, à cheval entre la vallée du Claux et la vallée du Falgoux.
Vers le sud, la crête centrale mène au puy Mary. Après une courte pause pour grignoter et me désaltérer, j’emprunte vers le nord une trace horizontale dans le pâturage, sur le flanc ouest du suc Gros. C’est la boucle du cirque du Falgoux. On aperçoit tout en bas dans la vallée le village du Falgoux. Le GR 400 franchit une brèche, descend au col du Pas-Rouge, contourne le rocher de l’Aygue et se perd dans la prairie. Il y a peu de support pour le balisage.
Après un buron isolé, le sentier rejoint un grand chemin pastoral qui va plonger dans la vallée. Je l’emprunte en grande partie pour rejoindre Le Falgoux. Après le hameau du Coin, je gagne le Cher-Soubro. Viviane m’y attend sur une petite place. Il est 14h30.

Nous mangeons ensemble dans le fourgon puis gagnons Le Falgoux (900 m). Nous nous installons vers 15h30 au camping local, déserté mais accessible, sur le GR, au bord de la rivière le Mars. Nous y passons l’après-midi. Dans la soirée, nous faisons une balade au village et buvons un pot dans une auberge. La nuit tombe. Nous regagnons le camping-car pour y manger et dormir sur place.
Le ciel est étoilé. Il va faire froid.

Mercredi 6 novembre 2002 : Le Falgoux – La Bastide.

Une couche épaisse de givre recouvre le camping. Oscar s’y roule avec délice. Un lièvre s’enfuit.
A 8h50 je laisse Viviane avec Oscar au camping du Falgoux et je reprends mon chemin.
Le GR grimpe dans la hêtraie. Le soleil a peu à peu raison du givre, un soleil à l’éblouissante luminosité d’automne.
J’atteins à nouveau une crête, sur des pâturages d’altitude desséchés, inondés de soleil, au lieu-dit Impramau (1372 m). Franchissant un muret de pierres, je descends vers une zone humide, prairies marécageuses où il faut sauter de pierre en pierre pour éviter de s’enliser. Je rejoins une route forestière. Petite pause sur des troncs d’arbre. Je vais suivre la petite route sur plus de deux kilomètres jusqu’au buron de Violental, habité. Le sentier grimpe alors brusquement droit au sud, dépasse l’étage forestier et atteint à nouveau une immense zone d’estive, maintenant désertée par les troupeaux.
La montée est rude jusqu’à la base du sommet chauve de la Cumine. Une route pastorale empierrée gagne alors le puy Violent qui culmine à 1592 m et que je contourne à sa base. Je longe un corral et franchis des clôtures  avant de redescendre vers le sud, à vue, dans les pâturages. Je m’oriente vers un buron en ruine puis vers un muret de pierres jusqu’au ruisseau de Chaumailhou. J’atteins une zone arbustive de genêts en limite d’un bois de hêtres. Je trouve difficilement le chemin qui va descendre dans la forêt et qui doit me mener dans la vallée, au hameau du Fau où j’ai rendez-vous avec Viviane.
Dans la descente, le ciel se couvre. Le balisage blanc et rouge devient défectueux. Bientôt je perds toute trace du sentier. C’est à travers des prés que je rejoins un village. Un panneau indique aux randonneurs que le GR 400 ne passe plus ici mais au Fau. Donc je ne suis pas au Fau ! CQFD.

Je suis crevé, et je n’arrive pas à joindre Viviane avec le portable qui ne passe pas.
En fait je suis à La Bastide, à un kilomètre du Fau. C’est la source minérale dans le village qui m’aide à me repérer. Je remonte par la route jusqu’à l’auberge où effectivement m’attendent Viviane et Oscar. Quelques gouttes de pluie… Nous descendons avec le Boxer jusqu’à La Bastide où passe tout de même le sentier, mais à un endroit différent. Nous empruntons un chemin forestier que suit le GR et nous roulons vers le Bois Noir. La piste monte dans la forêt jusqu’à un portail. C’est une propriété privée qui empêche le passage des voitures.
Nous nous garons à côté du portail ; nous mangeons dans le fourgon et restons en forêt jusqu’à 16h30. La pluie tombe…

*****

Vendredi 16 mai 2003 : La Bastide.

Nous arrivons à la tombée de la nuit, vers 21h, près du portail au-dessus de La Bastide, à l’entrée du Bois Noir. Nous mangeons et dormons sur place en forêt dans le camping-car.

Samedi 17 mai 2003 : La Bastide – St-Julien-de-Jordanne.

Au réveil, concert d’oiseaux (c’est le printemps), mais aussi grisaille et humidité…
A 9h45, sac à dos sur les épaules, je me mets en route avec Viviane et Oscar, accompagnés par le chant des grives et des pinsons. Le large chemin monte dans le Bois Noir le long du ruisseau de l’Aspre. Lorsque Viviane décide de rebrousser chemin, Oscar, indécis, reste planté au milieu de la piste. 
Le GR se poursuit en forêt, enjambe l’Aspre là où le ruisseau tombe en une belle cascade, et sort bientôt du bois pour déboucher dans des pâturages marécageux. La brume noie le paysage de la montagne de Chavaspre où des burons en ruine émergent brusquement. Rude grimpée à vue jusqu’à la ligne de crête à 1503 m d’altitude. Balisage diffus de rochers en rochers. Le sentier va maintenant longer le flanc de la roche Taillade. Puis il va gagner à nouveau la crête en longeant une clôture jusqu’au col du Redondet (1640 m), entre cirque du Falgoux d’un côté et vallée de la Jordanne de l’autre. La vue est complètement bouchée.
Au col, tandis que la boucle du cirque du Falgoux se dirige vers le puy Mary, le GR 400 se poursuit sur la crête. Quelques plaques de neige apparaissent. Parmi les vagues de brouillard, je grimpe dans la rocaille et la neige au puy Chavaroche (1739 m) : là se dresse un grand cairn impressionnant, monticule de pierres destiné à se repérer dans le paysage. Lieu magique dû à la majesté du site ? Le paysage disparaît dans le brouillard…
La sente étroite parcourt la crête parmi les rocailles et les landes à genêts et callunes. Quelques jonquilles poussent également dans les prairies. 







sur la crête, entre col du Redondet et puy de Bassiérou






Je fais une pause pour grignoter sur une arête (le Piquet). Je continue dans une zone rocheuse sur le versant nord puis descends vers les prairies. J’atteins les burons de Cabrespine, restaurés en un refuge non gardé ouvert aux randonneurs : des lattes de bois comme sommier, une table et une cheminée.


Perdant de l’altitude, je retrouve une végétation ligneuse, et je chemine sous une hêtraie d’un vert tendre sur les flancs nord du puy de Bassiérou. A partir de là je traverse la prairie en une sente peu visible et je plonge en forêt vers la vallée de la Jordanne. Le GR descend dans une hêtraie, passe sous une falaise impressionnante. Le paysage s’ouvre : je chemine dans des landes à genêts en fleur.
Presque dans la vallée, une déviation du sentier me réserve encore une grimpette raide qui contourne un vallon. Passant devant des fermes et des granges, franchissant à gué des ruisseaux, je gagne la route au hameau de Laveissière. J’arrive alors à Saint-Julien-de-Jordanne à 16h.
Viviane est là avec Oscar au bord de la petite route. Je suis fatigué et je n’ai pas vraiment mangé. Je bois une bonne bière et je me restaure dans le fourgon. 

Vers 17h, nous quittons St-Julien pour chercher un endroit où passer la nuit. Nous allons rouler jusqu'à Aurillac et nous installer dans un camping vers 19h.